Conseils d’écriture, la construction d’une intrigue

Conseils d’écrivains : le point de vue de Florian Mazé

Florian Mazé est l’auteur des deux romans d’anticipation 2193 : Le crépuscule des humanistes et 2194 : Un nouveau pacte avec les dieux. Aujourd’hui, Florian Mazé nous livre ses conseils d’écrivain : des conseils d’écriture afin de construire une intrigue de roman cohérente et appréciable par les lecteurs.

Qu’est-ce que le vraisemblable

Tout d’abord, définissons le vraisemblable : c’est ce qui paraît vrai, qui est semblable au vrai, qui pourrait être vrai. C’est une valeur dominante en littérature, en tout état de cause pour les œuvres de fiction.

L’essai cherche à établir une vérité. La fiction, elle, est soumise à une autre exigence, plus faible, mais incontournable : il ne faut pas que votre livre sonne faux. Tout ce qui donne l’impression du toc, de l’artificiel, de la mauvaise foi est à proscrire. Et cela vaut même pour les fictions les plus fantaisistes ou les plus inattendues, science-fiction et fantastique compris.

Un exemple : au XVIIe siècle, Cyrano de Bergerac (1619-1655) nous emmène avec lui sur la Lune et le Soleil, astres-empires peuplés d’habitants étranges, où se mélangent personnages fictifs et personnages historiques issus de toutes les époques. Et pourtant, les romans de Cyrano de Bergerac ne sonnent jamais faux. D’abord, parce que ses romans conservent une forte cohérence interne et, ensuite, parce qu’ils s’appuient sur des éléments de réalité incontestables.

Soyez donc, avant tout, cohérents et exacts ! C’est dans cette optique que j’aimerais prodiguer quelques conseils d’écriture.

Conseils d’écriture n° 1 : maintenez la cohérence !

Rien n’est pire qu’un roman sans logique, où certains éléments n’ont pas d’explication dans l’intrigue, où par ailleurs des événements se contredisent entre eux.

  • Si votre héros est un jeune homme en pleine santé, sa réactivité face au contexte ne sera pas celle d’une dame âgée.
  •  Si votre héro un manuel, un sportif, un intellectuel, un paresseux, un bosseur, autant de manières différentes d’appréhender le monde.
  • Si votre héro vit dans tel pays, on ne peut pas le retrouver à l’autre bout du monde sans raison valable. On ne peut pas non plus changer brusquement d’époque sans explication.

Rien à dire de plus, cela ne se discute même pas ! La cohérence, c’est la première des politesses vis-à-vis du lecteur.

Conseils d’écriture n°2 : documentez-vous !

Même dans les œuvres les plus oniriques, les éléments de réalité (un style vestimentaire, une manière de parler, une arme, une maison, un véhicule, un paysage, n’importe quoi d’autre) doivent être dûment vérifiés.

Ne créez pas une atmosphère très Moyen Âge en plein siècle des Lumières, ni l’inverse. Un personnage du futur ou du passé ne parle pas comme un personnage d’aujourd’hui. Ne fabriquez pas un Chinois qui vivrait comme un Américain. Etc.


Dans 2194, un roman très dialogué, mes personnages ne s’expriment pas exactement de la même façon que dans notre monde hyper-technologique structuré par internet.

Ils vivent dans un univers post-collapsus où ces techniques n’existent plus du tout. Le phrasé des jeunes, notamment, rappelle davantage un style gouailleur début XXe siècle.

Il en est de même pour les moyens de locomotion : force musculaire, vapeur, agrocarburants, mais pratiquement plus de pétrole. Pour écrire 2193 et 2194, j’ai dû m’intéresser à l’histoire espagnole, à la géographie européenne, à la géopolitique mondiale et aussi, bien entendu, à la futurologie et à la collapsologie techno-critique.

Retenons une chose : pour écrire un roman, il faut presque… presque se trouver dans la disposition d’esprit d’un étudiant qui prépare un mémoire ou une thèse !

Conseils d’écriture n°3 : évitez le manichéisme !

C’est un aspect méconnu, mais essentiel, de la littérature. Dans toute intrigue, certes, il y a les bons et les méchants : la plupart du temps, une confrontation entre le héros et les ennemis du héros.

Mais rien ne sonne plus faux que les romans binaires, manichéens, où le camp ennemi est systématiquement diabolisé, le camp du héros constamment paré de qualités extraordinaires.

Évitons de « politiser » la littérature. Ne faites pas de l’intrigue une confrontation simpliste camp du Bien contre camp du Mal ; ce style ne convient qu’à la littérature pour enfant, et encore…


Par exemple, dans 2193, je me suis amusé à prendre le contre-pied de la vieille opposition dictature-démocratie, en créant un régime démocratique contestable, souvent pire qu’une dictature, appelé la Fédération centre-européenne. Mais les personnages de la Fédération ne sont pas tous malfaisants, loin s’en faut ! Dans 2194, j’ai nuancé encore, en faisant voyager mes héros dans une Angleterre politiquement exemplaire, parfaitement démocratique, néanmoins capable de produire des cohortes de fanatiques puritains déjantés, dont certains sont de dangereux psychopathes.

Conseils d’écriture n°4 : bâtissez du complexe, mais pas du compliqué !

Une bonne intrigue doit produire un grand nombre d’événements qui surprennent le lecteur et lui donne envie de lire jusqu’au bout. Là encore, ce principe ne se discute pas.

Autrement dit, l’intrigue romanesque est complexe par définition.

Mais complexité ne veut pas dire complication inutile, encore moins cette confusion totale qui lassera le lecteur, lui fera jeter le livre avant la fin.

Vous avez droit à tout :

  • La suspension (cliffhanger),
  • Le retour en arrière (flash-back),
  • Les intrigues multiples,
  • Les personnages nombreux,
  • Les rebondissements prolifiques, etc.

Mais trop, c’est trop. La vraisemblance serait compromise par un roman trop embrouillé, où le lecteur a l’impression de ne plus rien comprendre.

Je conseille de toujours respecter une certaine unité de temps, de lieu et d’action ; de ne pas mépriser l’intrigue linéaire.


Dans 2193 et 2194, j’ai circonscrit l’intrigue, à chaque fois, dans le cadre suivant :

  • Une année civile (unité de temps)
  • Marquée par un voyage de découverte assorti de mésaventures (unité d’action)
  • Centrée sur un pays (unité de lieu).

Cela n’empêche pas les allusions à l’histoire universelle et notamment à certains événements des années 2020, mais dans des limites raisonnables. Il ne s’agit pas d’expliquer les déboires de mes héros marseillais par des événements étranges survenus trois siècles, voire mille ans plus tôt, au fin fond du continent africain ou de la Sibérie orientale !

Vouloir faire de l’incroyable à tout prix, c’est se moquer du lecteur. Cela donne des œuvres qui sonnent faux dès la quatrième de couverture (il y a peut-être un public d’amateurs actuellement, mais je doute que cela dure).

Conseils d’écriture n°5 : jardinez !

On raconte qu’il y a deux types d’écrivains :

  • Les architectes qui planifient toute la trame romanesque en rédigeant une sorte de plan détaillé
  • Les jardiniers qui découvrent leur propre intrigue au fur et à mesure qu’ils la construisent, en semant progressivement des petites graines qui ne demandent qu’à germer.

Il y aurait beaucoup de choses à dire de cette distinction, quelque peu artificielle… Mais enfin, j’opterai pour la technique jardinière.


Pour 2193, j’avais partiellement architecturé mon roman, du moins jusqu’à la moitié. Par contre, en rédigeant 2194, un roman policier, j’ai laissé aller ma plume sans plan préconçu. Une méthode qu’on attribue d’ailleurs à Agatha Christie.

Comme ses lecteurs, elle découvrait elle-même, à la fin de son œuvre, qui était le coupable ! Une expérience enrichissante, que j’ai testée pour vous, et que je vous recommande.

Mes lecteurs trouvent d’ailleurs que 2194 est plus naturel, plus aisé à lire que 2193, alors même que ce deuxième roman est nettement plus complexe et plus long que le premier.

Je dirais donc que le sentiment de vraisemblance – autrement dit le naturel – est plus facile à produire avec la technique jardinière.

Pour conclure, j’ajouterai un dernier conseil d’écriture, hors-cadre : faites-vous plaisir en écrivant et vous ferez plaisir à vos lecteurs !

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